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Repentance ? Excuses ? Reconnaissance ? Le débat soulevé par la rapport Stora mobilise les historiens

samedi 13 mars 2021, par Michel Berthélémy

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Pour Gilles Manceron, historien, membre de la Ligue des droits de l’homme, la repentance est un mot écran. Il s’en explique dans ce texte publié le 17 février 2021 dans le quotidien « L’Humanité »

La repentance est un mot écran

La vérité doit être dite sur la colonisation et la guerre d’Algérie, mais le terrain est miné et les mots sont piégés. Un travail est nécessaire pour que les deux sociétés aient une connaissance des réalités et de la complexité de cette histoire, mais il faut se méfier de la tendance des États à instrumentaliser l’histoire.
La République doit reconnaître que la colonisation contredisait le principe de l’égalité de tous les êtres humains proclamé lors de la Révolution française. La repentance est un mot écran destiné à faire obstacle à cette reconnaissance. Il a été inventé par des nostalgiques de la colonisation pour discréditer la demande de désigner pour ce qu’elles sont les injustices et les violences coloniales ponctuées de crimes contre l’humanité.

Les raisons de l’échec du traité d’amitié de 2005

Ce qui a fait échouer le « traité d’amitié » annoncé par Jacques Chirac avec l’Algérie, c’est le « grand écart » qu’il a tenté entre ce projet de traité et la loi sur les « aspects positifs de la colonisation » de février 2005, qui résultait d’une promesse faite en 2002 au lobby « nostalgériste » pour le dissuader de voter Le Pen au second tour de la présidentielle. L’inscription demandée par l’Algérie dans le préambule du traité des « regrets » de la France pour « les torts portés à l’Algérie durant la période coloniale » ne pouvait se concilier avec la vision « civilisatrice » des « bienfaits » de la colonisation.
La remise du rapport de Benjamin Stora à Emmanuel Macron le 20 janvier a été l’objet d’une manipulation de la part de l’Élysée. Annoncée à 17 heures, elle a été précédée, dans la matinée, par la diffusion à la presse par le « conseiller mémoire » de la présidence des « éléments de langage » qu’il fallait tenir à son sujet : « Colonisation et guerre d’Algérie : ni excuses, ni repentance. » Même si on ne trouve pas ces mots dans le rapport, ce sont eux qui s’y sont trouvés accolés alors que les préconisations de Benjamin Stora ouvrent sur la perspective non d’une « réconciliation », mais d’un apaisement des mémoires.

Un effort de vérité indispensable

À l’entrée dans le XXIᵉ siècle, les articles de Florence Beaugé publiés en juin 2000 dans le Monde, « l’appel des douze » paru dans l’Humanité en octobre et la thèse de Raphaëlle Branche soutenue en décembre à l’université ont marqué une prise de conscience de l’horreur de la torture pratiquée par l’armée française dans la guerre d’Algérie. Ce moment a été suivi par des événements importants : les inaugurations par le maire de Paris Bertrand Delanoë, en 2001, d’une plaque au pont Saint-Michel commémorant le massacre de manifestants algériens du 17 octobre 1961, puis, en 2004, d’une place Maurice-Audin dans le 5ᵉ arrondissement et enfin, en 2011, d’une stèle à la mémoire des victimes françaises et algériennes de l’OAS. Ils ont coïncidé avec la reconnaissance par la presse des travaux de Jean-Luc Einaudi après le fiasco de la plainte en diffamation de Maurice Papon contre lui, en mars 1999, pour ce qu’il avait écrit sur le massacre des Algériens par des policiers sous ses ordres quand il était préfet de police.
Des reculs sont advenus depuis. Il faut une décision politique, qui ne peut relever du terme religieux de repentance, faire un effort de vérité qui s’adresse à l’ensemble de la nation. Les plus hautes autorités de la République doivent reconnaître l’implication première et essentielle de la France dans tous les traumatismes engendrés par la colonisation de l’Algérie.

https://histoirecoloniale.net/Repentance-l-histoire-d-un-mot-ecran.html

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