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Et le cœur fume encore : la guerre d’Algérie en scène à Avignon

dimanche 21 juillet 2019, par 4acg

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Créé par Alice Carré et Margaux Eskenazi, Et le cœur fume encore raconte autant ce qu’on a longtemps appelé les « événements d’Algérie » que les difficultés à en délivrer des récits. Un spectacle remarquable sur un sujet bien délicat à porter au théâtre.

Dans le Festival Off d’Avignon, les deux jeunes femmes relèvent le défi.
Il faut certainement y voir le signe d’une génération désireuse d’en finir avec le silence qui plombe une France incapable, depuis bien trop longtemps, de regarder son passé dans les yeux et de se réconcilier avec elle-même. C’est ce silence, cette incapacité à dire ce qui s’est passé, qui constitue le fil rouge de Et le cœur fume encore, titre issu d’un poème de Kateb Yacine, un écrivain algérien à plusieurs reprises évoqué dans la pièce.

Dans leur capacité à faire entendre une pluralité de récits, une polyphonie de traversées de cette guerre, complémentaires et contradictoires – un des secrets de leur réussite –, Alice Carré et Margaux Eskenazi déploient une dramaturgie extrêmement habile qui alterne les focus sur des individus aux trajectoires diverses que l’on observe d’hier à aujourd’hui, et sur ce conflit, saisi à la croisée de l’histoire des arts et de l’histoire politique. Il en va ainsi du Cadavre encerclé, une pièce de Kateb Yacine jouée à Bruxelles en 1958, qui permet de suivre les premiers pas d’un membre du FLN ; de La bataille d’Alger, film de l’Italien Pontecorvo, sorti en 1965 et quasiment interdit en France jusqu’en 2004, qui relate le coup d’Etat de Boumédiène, trahison des espoirs démocratiques initiaux ; ou encore du procès de Jérôme Lindon, éditeur du Déserteur en 1961, qui donne l’occasion d’aborder les questions de la torture et de la désobéissance. Rien n’est jamais direct, univoque dans ce spectacle. Tout fait théâtre, et se prête au jeu.

Si Et le cœur fume encore démarre un peu laborieusement, il se déploie petit à petit, sur presque deux heures, en offrant une variété remarquable dans les registres, une modulation très habile de l’espace scénographique, et un rapport entre fiction et réalité documentaire toujours en évolution. Car, cerise sur le gâteau, le projet de Margaux Eskenazi et Alice Carré s’appuie sur un travail de collecte de témoignages autour de la guerre d’Algérie, de participants de tous bords, qui vient imprégner la fiction de la force du réel. De surcroît, la distribution d’acteurs, qui jouent origines et sexes mélangés, redouble cette volonté de faire entendre une histoire multiple et soutient la promesse d’un avenir qui saura s’émanciper des fractures du passé. Ils et elles sont d’ailleurs très bons. Si bons que dans Et le cœur fume encore, on rit, on a les larmes aux yeux. Le plaisir du théâtre enfle à en devenir jubilatoire. Et fait grandir avec lui la promesse d’un avenir qui trouve des voies pour intégrer son passé, ainsi que la certitude que le théâtre est infiniment capable d’y contribuer.

Article largement inspiré de la critique d’Eric Demey : https://sceneweb.fr/et-le-coeur-fume-encore-alice-carre-margot-eskenazi/

Et le cœur fume encore : du 5 au 26 juillet, à 18h05 (relâches les 10 et 17), au Théâtre11 Gilgamesh, contact@11avignon.com 

https://www.11avignon.com/programmation/et-le-coeur-fume-encore

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